Resaluer en France

Si vous croisez une nouvelle fois un collègue que vous avez déjà salué à votre arrivée, que ferez-vous ? Les hispanophones, suivant leurs coutumes, ont tendance à resaluer d’un « Bonjour ! » C’est cependant incorrect : « Bonjour » ne peut être dit qu’une fois dans la journée. Un Français sera décontenancé si vous lui dites bonjour à chaque fois que vous le croisez !

Dans pareille situation, les anglophones, suivant encore leurs coutumes, croisent leur collègue sans un mot ni un regard : cela blessera le Français : « Pourquoi est-il si froid et que s’est-il passé depuis ce matin où il m’a chaleureusement salué ? »

Que faut-il donc faire ? En France, votre collègue cherchera votre regard ; quand le contact visuelest établi, chacun esquisse un sourire tout en hochant légèrement la tête. Personne ne s’arrête, rien n’est verbalisé, ce « contact » est très bref et il est inutile d’exagérer votre sourire. Il s’agit simplement de dire à l’autre qu’on l’a reconnu.

Il arrive cependant que les Français, en pareille occasion, se lancent un « Rebonjour ! ». « Re- » est le préfixe exprimant la répétition : recommencer, rejouer, etc. La formule est cependant familière et son mode plutôt humoristique (le sourire qui l’accompagne est donc plus franc que si vous choisissez le contact visuel pour resaluer une personne). Certains se contentent seulement d’un « Re ! », mais c’est encore plus familier. « Rebonsoir ! » est également possible. Enfin, cette salutation n’est pas exclusivement orale et vous pourrez l’utiliser dans vos mails (toujours avec des personnes dont vous êtes proche).

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , , , , ,

Interculturel : le poids du système éducatif

Pour mieux connaitre les caractéristiques culturelles et interactionnelles d’une communauté, il est absolument indispensable d’en connaitre le système éducatif et les valeurs qu’il véhicule indirectement. C’est en effet le système éducatif qui façonne en grande partie chez les individus la relation à l’autorité, le mode de communication, les attitudes en public ou la perception de soi. Cette méconnaissance est à l’origine de nombreuses incompréhensions interculturelles et pourtant : qui prend le temps de s’y intéresser vraiment ?

Quelles sont donc les caractéristiques du système éducatif français ? En résumant très brièvement, on pourrait dire qu’en France l’éducation a deux visées :

  • Développer l’indépendance et l’autonomie de chacun
  • Savoir exposer ses idées personnelles et pouvoir les défendre face à la contradiction

La première remarque qui s’impose est que le travail en équipe, savoir coopérer avec l’autre, négocier des buts et des moyens, n’est pas un objectif prioritaire du système éducatif français. La seconde est qu’un Français aura tendance à suivre des instructions, voire des ordres, uniquement à la condition de les comprendre et de les partager. L’impact de ces particularités sur la vie professionnelle est évident : l’autonomie puis l’esprit d’équipe, la Raison puis la hiérarchie.

Il vous faudra en tenir compte lorsque vous aurez à collaborer avec des Français si vous voulez que cela se passe au mieux !

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , , , ,

L’utilisation des sigles et abréviations en français

Les Français adorent utiliser les abréviations et les sigles, tout simplement pour aller plus vite quand ils parlent (pour la même raison, ils éliminent généralement le e caduc). Les mots longs de plus de trois syllabes sont donc aussi souvent que possible impitoyablement écourtés.

Parlons des sigles. La technique consiste à former un mot à partir de lettres initiales. On prononce chaque lettre l’une après l’autre, sur la même base que la phonétique de l’alphabet. Quand on les écrit, en principe on doit placer un point après chaque lettre mais on a de moins en moins tendance à le faire, comme si, justement, le sigle devenait un mot à part entière.

Dans le domaine du lexique lié au français commercial, vous trouverez donc : PDG (Président Directeur Général), un travail en CDI (Contrat à Durée Indéterminée) ou en CDD (Contrat à Durée Déterminée), le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance), DRH (Directeur des Ressources Humaines), etc.

L’abréviation se fait par la troncation du début ou de la fin du mot. Le plus souvent, on élimine lesdernières syllabes du mot (apocope) : compta (comptabilité), bac (baccalauréat), Bon app ! (Bon appétit !), la pub (publicité), À plus ! (À plus tard), aprem (après-midi), etc. Parfois, on élimine les premières syllabes (aphérèse) : en langage parlé et relâché, bonsoir devient « ‘soir », américain devient « ricain », etc.

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , , , ,

La locution « On va pas se mentir »

À toutes les époques, certaines expressions se convertissent soudainement en véritables tics de langage. Leur utilisation constante par une bonne partie de la population exaspère ceux qui y résistent et ne voient là que des formules creuses et vides de sens. C’est le cas, depuis une petite dizaine d’années, de  « On va pas se mentir » (la variante « Il faut pas se mentir » existe aussi) ; l’expression a même été le nom d’un programme télévisé entre 2012 et 2016.

Vous noterez d’abord l’absence de la première négation « ne » (« On ne va pas se mentir »), ce qui constitue un indice clair de l’origine orale de l’expression. Quelle en est la signification ? Elle annonce que locuteur refuse non seulement de mentir mais d’être trompé par les apparences : il va exposer les faits tels qu’ils sont. C’est donc une façon de montrer qu’on est franc et intelligent. Expression valorisante pour le locuteur qui l’utilise, « On va pas se mentir » se voit logiquement plébiscitée par la population.

Le problème est que l’expression est très souvent utilisée pour prononcer des banalités… Un article sur la qualité des produits cosmétiques pourra ainsi s’intituler « On va pas se mentir… l’industrie nous ment ! », ce qui, on l’avouera, n’est tout de même pas une grande découverte. Au quotidien, vous pourrez entendre des phrases telles que :

On va pas se mentir, je ne suis plus tout jeune.

On va pas se mentir, je suis vraiment fatiguée.

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

 

Tagged , , , ,

L’emploi du mot juste en français

 

Le mot juste est d’abord un adjectif qui signifie « qui est conforme à la justice, à l’équité » :

Donner plus à l’un qu’à l’autre n’est pas juste.

Il exprime également une idée de justesse, dans le sens où une chose est parfaitement adéquate, qu’elle convient bien :

Parfois, trouver le mot juste est difficile.

Paradoxalement, il renvoie aussi à une idée d’insuffisance, c’est-à-dire à quelque chose qui ne convient pas :

Ce vêtement est trop juste = ce vêtement est trop petit.

 

 

Mais le mot juste est également un adverbe : c’est un synonyme de « avec exactitude » ou « exactement » :

Il a deviné juste.

Il est midi juste.

C’est enfin un synonyme de « seulement » :

Je voudrais acheter juste trois exemplaires.

Depuis de nombreuse années, l’utilisation du mot juste, sous l’influence de l’anglais est cependant modifiée, spécialement lorsque le temps verbal est composé ou s’organise autour un semi-auxiliaire (vouloir, pouvoir, devoir, etc.). Ainsi, dans :

Je voudrais juste acheter trois exemplaires

La restriction ne porte plus sur le complément mais sur l’action du verbe : Je voudrais seulement acheter trois exemplaires, je ne veux rien faire de plus, seulement acheter (parce que je ne veux pas vous déranger, parce que cela ne m’intéresse pas de les louer, etc. peu importe la raison). Le parallèle avec l’anglais « I just want to buy three copies » est évident. Il reste que cette utilisation est un anglicisme qui hérisse certains Français : il va cependant falloir qu’ils s’y habituent parce que cet usage bien ancré dans la langue n’est pas juste une mode !

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , ,

En France, comment remercier d’un service ?

Le pourboire est une somme d’argent versée à une personne en remerciement d’un service ou de la qualité de celui-ci : à l’origine, comme le mot lui-même l’indique parfaitement, c’était un verre qu’on offrait en remerciement d’un service rendu ou de l’argent pour s’offrir ce verre. Dans beaucoup de pays, cet usage se traduit par la même expression : en Allemagne, pourboire se dit trinkgeld, littéralement « argent pour boire », tout comme le mot portugais gorjeta. En général, on a oublié qu’en espagnol, la propina vient d’une ancienne coutume qui consistait à boire la moitié d’un verre après avoir trinqué à la santé de quelqu’un puis offrir à cette personne la fin du verre.

Mais dans les restaurants français, depuis longtemps, les prix s’entendent taxes et service compris (15 % environ du prix total). Voilà pourquoi les Français ne laissent généralement aucun pourboire ou alors très peu. Si vous voyagez en France, ne soyez donc pas gêner de ne rien laisser –évidemment, si vous êtes très satisfait du service, rien ne s’y oppose non plus. En revanche, dans certaines situations, il est encore d’usage de laisser un pourboire. Au théâtre, parfois, un panneau indique clairement que l’ouvreuse est rémunérée au pourboire (dans le cas contraire, ne donnez rien : l’ouvreuse est salariée). Vous pouvez toujours aussi arrondir à l’euro supérieur dans les taxis et avec les livreurs.

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , ,

Une tradition à Noël : les étrennes

Si vous vous trouvez en France durant le mois de décembre, ne soyez pas surpris de voir le facteur ou un pompier en belle tenue militaire sonner à votre porte. À cette époque, il est d’usage d’offrir des étrennes à certains corps de métier travaillant pour la collectivité. Éboueurs, facteurs et pompiers passent alors dans chaque maison pour proposer généralement des calendriers de l’année qui vient. Ceux-ci sont ensuite bien vite oubliés au fond d’un tiroir ou derrière une porte tant ils sont horribles et kitschs : photos de petits chatons sur fond rose, portrait de l’adjudant-chef devant la caserne des pompiers, etc.

Même si chacun est libre d’acheter ou non le calendrier proposé, la majorité des gens se plient à la tradition. Car c’est un moyen, pour ces employés peu rémunérés, d’avoir un complément de salaire pour la fin de l’année. Quant aux concierges, les copropriétaires leur laissent en général une enveloppe dans laquelle ils ont glissé un chèque ou quelques billets.

La question qui taraude beaucoup de Français, à cette époque, est : combien donner ? Le prix d’achat du calendrier est en effet laissé à la discrétion de chacun. La réponse est simple : en fonction de vos moyens.

Tous les métiers travaillant pour la collectivité ne bénéficient pas de cette tradition. Il y a quelques années, une chaine de télévision avait organisé en caméra cachée le démarchage de policiers en uniforme qui proposaient également des calendriers : ils avaient été en général très mal reçus par la population !

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , , ,

Qu’est-ce qu’un cadre d’entreprise ?

Il est souvent difficile aux étudiants de français langue étrangère de comprendre exactement ce qu’est un cadre d’entreprise. D’abord parce que cette notion ne recouvre pas la définition de l’ejecutivo espagnol. Ensuite parce que, il faut bien l’admettre, elle n’est pas très claire ou du moins qu’elle renvoie à des réalités différentes selon le point de vue envisagé.

Rappelons que le mot cadre, qui vient de l’italien quadro (c’est-à-dire carré), est une bordure entourant un tableau, une photo, etc. On pourrait déjà a priori en déduire qu’un cadre d’entreprise est une personne qui encadre, c’est-à-dire qui dirige un groupe d’employés. Ce n’est toutefois pas exact : un cadre peut très bien ne pas avoir de salariés subalternes (un ingénieur, par exemple) et un salarié dirige parfois une équipe d’ouvriers… Pour la population, un cadre est plutôt un salarié avec des responsabilités importantes au sein de l’entreprise.

Il serait sans doute plus juste de dire qu’un cadre d’entreprise est un employé ayant un statut reconnu dans les conventions collectives. C’est l’entreprise qui reconnait à l’employé ce statut. Celui-ci est notamment associé à une caisse de retraite complémentaire spécifique et présente des avantages pour la couverture sociale et en cas de licenciement.

La charge symbolique de la fonction de cadre reste très importante : pour le salarié, le statut représente en somme un rang dans la hiérarchie de l’entreprise et devenir cadre par promotion interne est toujours vécu comme un rite de passage.

Enfin, pour être complet, il reste à dire qu’il existe une hiérarchie parmi les cadres : on distingue les cadres moyens (ou intermédiaires) des cadres supérieurs (ou dirigeants).

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , ,

Comment les Français expriment leur satisfaction

Nous avons déjà vu que les Français préfèrent souvent s’exprimer à la négation : ils disent peut-être plus souvent « Il ne fait pas chaud » que « Il fait froid ». On en arrive parfois à certaines phrases un peu surprenantes : une chose fréquente et habituelle devient une chose qui « n’est pas rare » ; au lieu de dire toute simplement « C’est vrai ! », beaucoup de Français préfèrent dire « C’est pas faux !» ; et, quand une chose fait consensus, on dit qu’elle « ne suscite guère de polémique » !

Il reste que cette manière de s’exprimer peut également blesser l’interlocuteur quand elle traduit une évaluation ou un sentiment. Répondre « Pourquoi pas ? » à une proposition ne semble pas faire montre d’un grand enthousiasme ; c’est pourtant la forme de répondre la plus habituelle…

Mais que dire du « C’est pas mal ! », employé à tort et à travers ? Eh bien c’est la manière française la plus fréquente d’évaluer positivement et d’exprimer sa satisfaction ! Un client qui répond « C’est pas mal ! » semble peu voire pas satisfait du tout : en réalité, il n’y a souvent aucun problème ! (en réalité, cela dépendra beaucoup de la prosodie employée, et notamment de l’intonation)

Pourquoi donc évaluer de cette façon ? Les Français semblent avoir dans l’esprit qu’il existe une perfection à partir de laquelle ils évaluent toute production : celle-ci est nécessairement plus ou moins éloignée de cette perfection. C’est un peu l’histoire du verre à moitié plein : les Français y voient toujours, eux, un verre à moitié vide !

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , , , ,

Le tutoiement au travail 

Longtemps réservé à la sphère familiale ou intime (voir notre post), le « tu » se démocratise, y compris au travail. Le tutoiement n’est donc plus considéré comme une impolitesse (avant, tutoyer une personne inconsidérément vous exposait à la réplique, foudroyante : « On n’a pas élevé les cochons ensemble ! »).

Dans certaines entreprises, le sociologue Baptiste Coulmont parle même de « culture du tutoiement » tant cette généralisation, loin d’être une option, devient peu à peu le mode habituel de communication.

Quelle sont les raisons de cette tendance ? La volonté d’estomper les différences hiérarchiques semble la principale. L’usage du « tu » donne également une image plus moderne et décontractée de l’entreprise : les start-up ont semble-t-il adopté le babyfoot et les tables de pingpong en même temps que le tutoiement !

Certes, certains secteurs, notamment l’administration publique, présentent des signes résistance à l’émergence du « tu ». Mais surtout, comme l’explique Alex Alber de l’Université de Tours, « c’est d’abord une pratique d’hommes et de cadres du secteur privé. Seule une femme sur dix tutoie son chef. C’est pourtant le cas de sept hommes sur dix ». Loin d’indiquer réellement une quelconque proximité, le tutoiement semble bien plutôt être un subtil marqueur social. Un(e) employé(e) préfèrera en principe vouvoyer son supérieur. La généralisation du « tu » n’est donc pas aussi systématique qu’elle en a l’air…

Nos cours de français en entreprises, c’est aussi apprendre cela !

Tagged , , , , , ,