Le lien logique « histoire de »

Les connecteurs logiques introduisant le but traditionnellement enseignés en classe de français langue étrangère sont connus : pour (pour que), afin de (afin que), dans le but de. On ajoute parfois une série de locutions plus formelles exprimant un but à éviter : de peur de (de peur que) et de crainte de (de crainte que). C’est en général à peu près tout.

Comparé aux autres articulations logiques (notamment celles de la cause, de la conséquence, de l’opposition et de la concession), la langue française semble assez pauvre pour introduire le but. Surtout quand on connait l’amour des Français pour les liens logiques.

Il existe pourtant une autre locution, rarement étudiée en classe et presque jamais présentée dans les manuels, familière et très utilisée à l’oral par tous les francophones (au point même d’évacuer parfois toutes les autres). C’est histoire de :

Tu ne veux pas qu’on s’arrête un peu, histoire de manger quelque chose ?

La locution histoire de peut se décliner en histoire que + subjonctif quand le sujet des deux phrases est différent :

Il leur a envoyé un plan de la région histoire qu’elles puissent trouver la maison sans problème.

Pour sa fréquence d’utilisation à l’oral, histoire de serait un peu le pendant de du coup (qui introduit la conséquence).

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Comment les Français expriment leur satisfaction

Nous avons déjà vu que les Français préfèrent souvent s’exprimer à la négation : ils disent peut-être plus souvent « Il ne fait pas chaud » que « Il fait froid ». On en arrive parfois à certaines phrases un peu surprenantes : une chose fréquente et habituelle devient une chose qui « n’est pas rare » ; au lieu de dire toute simplement « C’est vrai ! », beaucoup de Français préfèrent dire « C’est pas faux !» ; et, quand une chose fait consensus, on dit qu’elle « ne suscite guère de polémique » !

Il reste que cette manière de s’exprimer peut également blesser l’interlocuteur quand elle traduit une évaluation ou un sentiment. Répondre « Pourquoi pas ? » à une proposition ne semble pas faire montre d’un grand enthousiasme ; c’est pourtant la forme de répondre la plus habituelle…

Mais que dire du « C’est pas mal ! », employé à tort et à travers ? Eh bien c’est la manière française la plus fréquente d’évaluer positivement et d’exprimer sa satisfaction ! Un client qui répond « C’est pas mal ! » semble peu voire pas satisfait du tout : en réalité, il n’y a souvent aucun problème ! (en réalité, cela dépendra beaucoup de la prosodie employée, et notamment de l’intonation)

Pourquoi donc évaluer de cette façon ? Les Français semblent avoir dans l’esprit qu’il existe une perfection à partir de laquelle ils évaluent toute production : celle-ci est nécessairement plus ou moins éloignée de cette perfection. C’est un peu l’histoire du verre à moitié plein : les Français y voient toujours, eux, un verre à moitié vide !

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Erreurs fréquentes au discours indirect

Deux grandes erreurs guettent l’étudiant de français langue étrangère au moment de passer au discours indirect. Rappelons d’abord que le discours indirect est employé pour rapporter des paroles. Comme nous l’avons déjà vu, le style indirect entraine des modifications syntaxiques. C’est quand il s’agit de reformuler les questions que surviennent les erreurs.

Il existe trois formes de phrases interrogatives en français. Les deux premières sont les plus utilisées :

  • L’intonation

La phrase a la même structure qu’une phrase affirmative, c’est l’intonation ascendante qui indiquera que le locuteur formule une interrogation.

Tu viens demain comme prévu ?

  • L’utilisation de la formule « est-ce que »

L’ajout de cette formule à la structure de la phrase affirmative la transforme en interrogative.

Est-ce que tu viens demain comme prévu ?

La troisième, plus formelle, presque jamais utilisée à l’oral, consiste à inverser la syntaxe de la phrase affirmative et à faire précéder le verbe du sujet :

Viens-tu demain comme prévu ?

Dans ce dernier cas, il est impossible de garder la phrase telle quelle quand vous la passerez au style indirect :

Il me demande viens-tu demain comme prévu.

Il me demande si tu viens demain comme prévu.

Mais l’erreur la plus fréquente à continuer à utiliser la formule « est-ce que » :

Il demande est-ce que tu viens demain comme prévu.

Il me demande si tu viens demain comme prévu.

Attention aussi lorsque vous dites « qu’est-ce que… » : au style indirect, cela sera transformé en « ce que ».

Il me demande qu’est-ce que je fais.

Il me demande ce que je fais.

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Les mots dérivés de « croc »

De nombreux mots très habituels de la langue française dérivent du mot croc. Rappelons tout d’abord qu’un croc désigne en vieux francique un crochet. De là que le mot indique la dent pointue de certains animaux comme le chien ou le loup. L’expression familière « avoir les crocs » signifie d’ailleurs avoir très faim.

Le mot a donné crochet cela a été longtemps une occupation populaire mais aujourd’hui n’occupe plus guère nos grands-mères. Mais songez tout simplement que le méchant capitaine que combat Peter Pan s’appelle en français le Capitaine Crochet !

Le verbe accrocher dérive évidemment lui aussi de croc : retenir par un crochet : vous accrochez un cadre au mur. Le verbe signifie, par extension, heurter : « J’ai accroché un poteau avec ma voiture ». Vous pouvez accrocher avec quelqu’un, cela signifie que vous vous entendez bien ; c’est très différent de s’accrocher avec quelqu’un, c’est-à-dire se disputer avec lui ! Être accroché, ou mieux, être accro, c’est être dépendant d’une drogue ; on utilise l’expression pour signifier qu’on adore quelque chose : je suis accro au chocolat.

Mais surtout, beaucoup plus quotidien, le mot a donné décrocher : à l’origine du téléphone, manuel, la personne devait décrocher le combiné ; l’appel terminé, il le raccrochait. Ces deux verbes continuent de s’employer avec les téléphones portables.

Moins fréquent d’utilisation (du moins c’est à souhaiter !), un escroc est une personne qui obtient quelque chose en par des manœuvres frauduleuses : elle vous escroque.

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Le tutoiement au travail 

Longtemps réservé à la sphère familiale ou intime (voir notre post), le « tu » se démocratise, y compris au travail. Le tutoiement n’est donc plus considéré comme une impolitesse (avant, tutoyer une personne inconsidérément vous exposait à la réplique, foudroyante : « On n’a pas élevé les cochons ensemble ! »).

Dans certaines entreprises, le sociologue Baptiste Coulmont parle même de « culture du tutoiement » tant cette généralisation, loin d’être une option, devient peu à peu le mode habituel de communication.

Quelle sont les raisons de cette tendance ? La volonté d’estomper les différences hiérarchiques semble la principale. L’usage du « tu » donne également une image plus moderne et décontractée de l’entreprise : les start-up ont semble-t-il adopté le babyfoot et les tables de pingpong en même temps que le tutoiement !

Certes, certains secteurs, notamment l’administration publique, présentent des signes résistance à l’émergence du « tu ». Mais surtout, comme l’explique Alex Alber de l’Université de Tours, « c’est d’abord une pratique d’hommes et de cadres du secteur privé. Seule une femme sur dix tutoie son chef. C’est pourtant le cas de sept hommes sur dix ». Loin d’indiquer réellement une quelconque proximité, le tutoiement semble bien plutôt être un subtil marqueur social. Un(e) employé(e) préfèrera en principe vouvoyer son supérieur. La généralisation du « tu » n’est donc pas aussi systématique qu’elle en a l’air…

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Comment prononcer la graphie -QU- en français ?

Mais comment prononcer la graphie –qu-en français : [k] ou [kw] ? Beaucoup d’étudiants hispanophones et catalanophones hésitent couramment. Disons simplement que dans l’immense majorité des cas, cette graphie se prononce [k] : quand, qui, quoi. Attention : dans ce dernier cas, vous entendez bien [kw] mais c’est à cause de la graphie –oi-  !

Ça, c’est pour la statistique ! Mais, en réalité, lorsque le mot est encore perçu comme un emprunt à une langue étrangère (c’est à dire, ici, au latin), les Français veulent respecter les règles de prononciation de cette langue. Pour le cas qui nous occupe aujourd’hui, si le mot qui contient la graphie –qu- leur semble encore être un mot savant emprunté au latin, les Français prononceront [kw]. Voyez par exemple les mots composés en aqua (« eau » en latin) : aquarelle, aquaculture, aquagym, etc.

Mais ce serait encore trop simple ! Les Français eux-mêmes semblent hésiter entre deux prononciations : cette hésitation est d’ailleurs signe que le mot s’intègre peu à peu dans la langue et ne se perçoit presque plus comme un emprunt. Prenons le mot quadruple : vous entendrez certains Français prononcer [k] mais d’autres diront [kwa] !

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Registre familier du champ lexical du travail

 

Comme dans toutes les langues, il existe en français de nombreux mots et expressions qui se réfèrent au travail. On parle bien sûr de métier, de gagne-pain, même de turbin (même si cette dernière expression est maintenant vieillie), mais on parle plus souvent de job, de taf ou de boulot : ces trois mots, tous familiers, remplacent pratiquement systématiquement le mot travail dans une conversation spontanée entre Français.

 

Vous entendrez donc des phrases comme :

Je te laisse, je vais au taf.

Il a changé de boulot le mois dernier.

C’est un bon job.

Taf a logiquement donné le verbe taffer, c’est-à-dire travailler. Le verbe que les Français utilisent presque exclusivement est bosser (qui vient sans doute de bosse, c’est à dire être courbé sur le travail). Travailler beaucoup, s’activer sans s’arrêter se dit ne pas chômer.

En ce moment, au boulot, on (ne) chôme pas.

À l’inverse, ne rien faire, perdre son temps, c’est glander (d’où le mot glandeur, personne qui ne fait rien).

Dans l’entreprise, le supérieur hiérarchique, c’est le chef (les étudiants étrangers pensent généralement que ce titre n’est attribué qu’à celui qui dirige une cuisine et ce n’est pas du tout le cas). D’une façon familière, les employés se réfèrent souvent à lui en employant l’anglicisme le boss, voire le big boss.

En ce moment, le chef, il est vraiment de mauvaise humeur !

Le (big) boss veut tous nous réunir demain matin.

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Emplois du pronom personnel ON

En français, le pronom on est très utilisé et il est important d’en connaître la signification. Il remplace très souvent le pronom nous :

Cet été, on ira en Estrémadure = cet été, nous irons en Estrémadure.

Attention ! il faut distinguer la signification du pronom on de son modèle de conjugaison : si on signifie généralement nous, le verbe qui le suit est conjugué à la troisième personne du singulier et non à la première du pluriel.

Vous ne pourrez donc surtout pas dire :

Cet été, on irons en Estrémadure.

On peut aussi être un pronom indéfini utile pour exprimer des généralités :

On mange bien dans ce restaurant (c’est à dire : tout le monde mange bien dans ce restaurant).

Et l’inconnu :

On frappe à la porte (qui ? je ne sais pas.)

Doit-on dire on ou l’on ? La présence de l’article l’devant on n’a rien d’obligatoire et elle est plus fréquente dans l’usage soutenu que dans le registre courant. Il s’agit d’une trace de l’ancien français : on était à l’origine un nom, qui signifiait « homme» et on le faisait précéder, tout comme les autres noms, de l’article. Mais l’on est aussi très utile pour éviter l’hiatus, que les Français détestent, comme nous l’avons vu dans un précédent post :

« Si l’on veut » équivaut à « Si on veut », mais est plus « agréable » aux oreilles françaises !

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E caduc en français et assimilation régressive

Aujourd’hui, un sujet un peu technique et donc un peu délicat ! On distingue en phonétique deux types de consonnes : les sonores, qu’on produit en utilisant les cordes vocales, et les sourdes, pour lesquelles nous n’utilisons pas les cordes vocales. En général, à chaque consonne sourde correspond une version sonore et inversement.

Consonne sonore Consonne sourde
B (Banane)

D (Danemark)

V (Vous)

Z (Zanzibar)

J (Janvier)

G (Galapagos)

P (Patate)

T (Toronto)

F (France)

S (Suisse)

CH (Chanter)

K (Cameroun)

En français, il est fréquent que disparaisse à l’oral le e dit caduc ou muet (sauf dans le sud de la France) ; cette disparition met alors en contact deux consonnes.

Ex. : « Je peux » est prononcé « j’peux » ; « je veux » : « j’veux »

Mais, il est impossible de prononcer une consonne sonore suivie d’une consonne sourde ou une consonne sourde suivie d’une consonne sonore : deux consonnes de nature différente ne peuvent pas être prononcées à la suite. Il est donc nécessaire de modifier la nature d’une des deux consonnes : en français, c’est généralement la deuxième qui influence la première et qui lui donne sa nature.

  • Dans « j’peux », « j » est sonore et « p » est sourd ; il faut donc faire une modification. Le « p » va donner sa nature au « j », c’est à dire que nous devons prononcer la version sourde de « j », qui est « ch ». Phonétiquement, « j’peux » sera donc « chpeux».
  • Dans « j’veux», « j » est sonore et « v » l’est aussi. Il n’y a donc aucun problème, les deux consonnes peuvent se prononcer à la suite sans aucune modification.

 

 

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Les mots composés d’un redoublement d’une syllabe en français

Certains mots du langage enfantin ou familier sont composés d’une syllabe répétée. Parfois, le mot comporte le redoublement de la syllabe initiale du mot d’origine : cracra vient de la première syllabe de crasseux.

Laissons de côté le langage enfantin, que vous n’aurez probablement pas l’occasion d’utiliser dans un contexte professionnel ! Disons seulement que lolo est le lait, tonton et tata, l’oncle et la tante, joujou, un jouet, coco, un œuf, faire dododormir (comme dans la célèbre berceuse), et doudou, l’objet qui réconforte un enfant (probablement du redoublement du mot doux).

Le mot bonbon est un faux ami pour les hispanophones et les catalanophones. L’origine du mot est évidemment un redoublement du mot bon mais il désigne une sucrerie et non un chocolat ! Un gogo est une personne trop crédule qu’il est facile de duper ; il est fabriqué à partir du verbe familier gober : avaler mais aussi au figuré croire aveuglément. Les chichis sont une attitude maniérée ; l’expression est généralement utilisée dans une phrase à la négation : « Ne faisons pas de chichis ! », c’est-à-dire : « Faisons tout cela simplement ! ».

Il existe beaucoup de mots formés sur le même modèle et vous pourrez en trouver un liste bien remplie sur Wikipédia !

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