Faire la bise en France

En France, la manière la plus habituelle de se saluer entre proches reste la bise, même entre hommes. La première fois que vous embrassez quelqu’un, deux difficultés se présentent. D’abord, il vous faudra décider par quelle joue vous commencerez : la droite ou la gauche ? Tout le monde ne commence pas par la même ! Si vous tendez la même joue que votre interlocuteur, un petit instant de confusion aura lieu, surtout que vos bouches respectives seront soudainement très proches et s’embrasser sur la bouche est réservé à ceux qui s’aiment d’amour…

La seconde difficulté est le nombre de bises. La majorité des Français en font deux ; certains, très minoritaires, n’en font qu’une ; d’autres en font trois (dans le Sud-Est) voire quatre (au nord de la Loire). Si vous ne comptez pas le même nombre de bises que votre interlocuteur, vous êtes bon pour un autre petit instant de confusion : l’un des deux, souhaitant donner une bise supplémentaire, avancera la joue tandis que l’autre, ayant terminé, éloignera sa tête. La première personne se trouvera donc momentanément un peu ridicule.

Ces deux difficultés ne sont pas propres aux étrangers qui connaissent mal les coutumes françaises : les Français eux-mêmes sont habitués à gérer ce type de situations. Comment résoudre ces situations d’autant plus délicates que vous ne connaissez pas ou pas bien l’autre personne (sinon vous sauriez par quelle joue elle commence et le nombre de bises qu’elle fait) ? Dans les deux cas, les Français ont la même réaction : ils rient (afin de diminuer l’embarras) et commentent la situation : « Ah !? Vous commencez / tu commences par la droite ? » « Ah !? Vous en faites / tu en fais trois ? ». On rit et chacun mémorise la façon de faire de l’autre : la prochaine fois, avant de se faire la bise, toujours en riant on dira « Alors ? on commence par quoi ? la gauche ou la droite ? » « On en fait combien ? ». De cette façon, on trouvera un terrain d’entente et nous aurons fixé nos salutations pour l’avenir.

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À l’oral, le connecteur logique « histoire de »

Il y a, dans l’enseignement du français langue étrangère, quelques mots ou expressions qui sont degrands oubliés. Pourquoi un tel oubli ? Parce qu’ils sont souvent uniquement utilisés à l’oral (et appartiennent donc au registre informel) et que la langue d’apprentissage est encore trop fréquemment la langue écrite.

C’est le cas du connecteur logique « histoire de ». À l’oral, « histoire de » concurrence fortement « pour » et « afin de » ; certains locuteurs semblent même ne connaître que lui : « histoire de » se convertit en un véritable tic de langage. Comme « pour », il introduit le but. Cependant, contrairement à lui, il ne peut être suivi d’un substantif. Vous devrez donc obligatoirement le faire suivre d’un verbe à l’infinitif.

Je les ai rappelés hier, histoire de voir s’ils se souvenaient de moi.

Nous sommes allés au parc Monceau, histoire de nous aérer un peu.

En général, le locuteur marque une brève pause juste avant le connecteur « histoire de » (ce que nous avons signalé ici par la virgule).

À l’écrit, « histoire de » n’est pratiquement jamais utilisé, ce serait trop informel. On lui préfère « pour », « afin de », « de façon que », etc.

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Le lien logique « histoire de »

Les connecteurs logiques introduisant le but traditionnellement enseignés en classe de français langue étrangère sont connus : pour (pour que), afin de (afin que), dans le but de. On ajoute parfois une série de locutions plus formelles exprimant un but à éviter : de peur de (de peur que) et de crainte de (de crainte que). C’est en général à peu près tout.

Comparé aux autres articulations logiques (notamment celles de la cause, de la conséquence, de l’opposition et de la concession), la langue française semble assez pauvre pour introduire le but. Surtout quand on connait l’amour des Français pour les liens logiques.

Il existe pourtant une autre locution, rarement étudiée en classe et presque jamais présentée dans les manuels, familière et très utilisée à l’oral par tous les francophones (au point même d’évacuer parfois toutes les autres). C’est histoire de :

Tu ne veux pas qu’on s’arrête un peu, histoire de manger quelque chose ?

La locution histoire de peut se décliner en histoire que + subjonctif quand le sujet des deux phrases est différent :

Il leur a envoyé un plan de la région histoire qu’elles puissent trouver la maison sans problème.

Pour sa fréquence d’utilisation à l’oral, histoire de serait un peu le pendant de du coup (qui introduit la conséquence).

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Le tutoiement au travail 

Longtemps réservé à la sphère familiale ou intime (voir notre post), le « tu » se démocratise, y compris au travail. Le tutoiement n’est donc plus considéré comme une impolitesse (avant, tutoyer une personne inconsidérément vous exposait à la réplique, foudroyante : « On n’a pas élevé les cochons ensemble ! »).

Dans certaines entreprises, le sociologue Baptiste Coulmont parle même de « culture du tutoiement » tant cette généralisation, loin d’être une option, devient peu à peu le mode habituel de communication.

Quelle sont les raisons de cette tendance ? La volonté d’estomper les différences hiérarchiques semble la principale. L’usage du « tu » donne également une image plus moderne et décontractée de l’entreprise : les start-up ont semble-t-il adopté le babyfoot et les tables de pingpong en même temps que le tutoiement !

Certes, certains secteurs, notamment l’administration publique, présentent des signes résistance à l’émergence du « tu ». Mais surtout, comme l’explique Alex Alber de l’Université de Tours, « c’est d’abord une pratique d’hommes et de cadres du secteur privé. Seule une femme sur dix tutoie son chef. C’est pourtant le cas de sept hommes sur dix ». Loin d’indiquer réellement une quelconque proximité, le tutoiement semble bien plutôt être un subtil marqueur social. Un(e) employé(e) préfèrera en principe vouvoyer son supérieur. La généralisation du « tu » n’est donc pas aussi systématique qu’elle en a l’air…

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Registre familier du champ lexical du travail

 

Comme dans toutes les langues, il existe en français de nombreux mots et expressions qui se réfèrent au travail. On parle bien sûr de métier, de gagne-pain, même de turbin (même si cette dernière expression est maintenant vieillie), mais on parle plus souvent de job, de taf ou de boulot : ces trois mots, tous familiers, remplacent pratiquement systématiquement le mot travail dans une conversation spontanée entre Français.

 

Vous entendrez donc des phrases comme :

Je te laisse, je vais au taf.

Il a changé de boulot le mois dernier.

C’est un bon job.

Taf a logiquement donné le verbe taffer, c’est-à-dire travailler. Le verbe que les Français utilisent presque exclusivement est bosser (qui vient sans doute de bosse, c’est à dire être courbé sur le travail). Travailler beaucoup, s’activer sans s’arrêter se dit ne pas chômer.

En ce moment, au boulot, on (ne) chôme pas.

À l’inverse, ne rien faire, perdre son temps, c’est glander (d’où le mot glandeur, personne qui ne fait rien).

Dans l’entreprise, le supérieur hiérarchique, c’est le chef (les étudiants étrangers pensent généralement que ce titre n’est attribué qu’à celui qui dirige une cuisine et ce n’est pas du tout le cas). D’une façon familière, les employés se réfèrent souvent à lui en employant l’anglicisme le boss, voire le big boss.

En ce moment, le chef, il est vraiment de mauvaise humeur !

Le (big) boss veut tous nous réunir demain matin.

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Les mots composés d’un redoublement d’une syllabe en français

Certains mots du langage enfantin ou familier sont composés d’une syllabe répétée. Parfois, le mot comporte le redoublement de la syllabe initiale du mot d’origine : cracra vient de la première syllabe de crasseux.

Laissons de côté le langage enfantin, que vous n’aurez probablement pas l’occasion d’utiliser dans un contexte professionnel ! Disons seulement que lolo est le lait, tonton et tata, l’oncle et la tante, joujou, un jouet, coco, un œuf, faire dododormir (comme dans la célèbre berceuse), et doudou, l’objet qui réconforte un enfant (probablement du redoublement du mot doux).

Le mot bonbon est un faux ami pour les hispanophones et les catalanophones. L’origine du mot est évidemment un redoublement du mot bon mais il désigne une sucrerie et non un chocolat ! Un gogo est une personne trop crédule qu’il est facile de duper ; il est fabriqué à partir du verbe familier gober : avaler mais aussi au figuré croire aveuglément. Les chichis sont une attitude maniérée ; l’expression est généralement utilisée dans une phrase à la négation : « Ne faisons pas de chichis ! », c’est-à-dire : « Faisons tout cela simplement ! ».

Il existe beaucoup de mots formés sur le même modèle et vous pourrez en trouver un liste bien remplie sur Wikipédia !

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L’expression de la restriction avec ne… que

L’expression de la restriction pose généralement beaucoup de problème aux étudiants de français langue étrangère, surtout pour la percevoir à l’oral dans la bouche de leurs interlocuteurs.

La restriction peut être exprimée par l’adverbe seulement :

À la dernière réunion, il y avait seulement trois personnes.

Elle prend seulement un bagage à main.

À l’oral, la tournure ne… que est presque toujours préférée à seulement. Ne se place avant le verbe de la proposition et que se place devant le terme sur lequel porte la restriction.

À la dernière réunion, il n’y avait que trois personnes.

Elle ne prend qu’un bagage à main.

Le problème est que, comme pour la négation verbale, la première partie de la tournure (ne) est systématiquement éliminée à l’oral.

À la dernière réunion, il y avait que trois personnes.

Si la forme que est élidée (soit en raison de la chute du e caduc soit devant un mot commençant par une voyelle), la restriction est uniquement exprimée par qu’, c’est-à-dire par le son [k] !

À la dernière réunion, il y avait qu’trois personnes.

Elle prend qu’un bagage à main.

 

Ce procédé offre une économie de moyens certaine : nous passons successivement d’un mot de trois ou deux syllabes (seulement/seul’ment), à une tournure à deux syllabes (ne… que) puis à une syllabe (que) pour finir par un unique son (qu’). Mais pour l’étudiant étranger, cela signifie qu’il doit redoubler d’attention. Distinguez par exemple :

Elle prend un bagage à main.

Elle prend qu’un bagage à main.

 

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Exprimer l’affection grâce à « petit »

En français, l’adjectif « petit » peut exprimer une intention affectueuse ; en grammaire, on dit qu’il est hypocoristique. À ce titre, « petit » dénote un sentiment amical (et n’exprime donc aucune quantité) :

Tu sais, la petite brune qui habitait à côté ?

Oui, et bien ?

Elle a déménagé à Orléans.

ou même amoureux, surtout s’il est précédé d’un adjectif possessif :

Sa petite amie est Italienne.

Le ou la petit(e) ami(e) est donc la personne qu’on fréquente et dont on est amoureux/se. Pensez aussi à toutes les interpellations affectueuses que peuvent s’adresser les personnes qui s’aiment : mon petit chat, mon petit chéri, mon petit chou, etc.

Attention toutefois, un adjectif possessif suivi d’un « petit » peut aussi exprimer la condescendance et le mépris :

Mon petit monsieur, il faudrait voir à vous adresser à moi d’une autre manière !

En parlant des choses, l’adjectif « petit » souligne ce qu’on juge agréable. Si un ami vous dit un jour :

« J’ai découvert un petit restaurant dans le quartier des Halles… » (à l’oral, il est important de laisser en suspens cette phrase pour son intelligibilité), il est tout simplement en train de vous expliquer que ce restaurant est sympathique, qu’on y mange bien, etc.

Cet usage de « petit » est très utilisé dans les invitations, pour souligner tout le plaisir qu’on pourra en tirer en les acceptant :

  • Ça te dit de se faire un petit ciné, ce soir ?
  • Un petit café ?

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La locution adverbiale « du coup »

Vous connaissez certainement de nombreux connecteurs logiques de conséquence : donc, alors, par conséquent, ainsi… Mais il existe une locution adverbiale que peu d’étudiants en français langue étrangère connaissent : c’est du coup.

Cette expression est très employée, de plus en plus employée, et même, au dire de certains, trop employée : cela devient un tic ou une manie de semer ses phrases de du coup. Vous devez faire attention à réserver son emploi aux situations informelles et essentiellement à l’oral : l’expression est familière.

C’est presqu’un synonyme de par conséquent – qui, lui, n’est pas utilisé à l’oral. On dit parfois que du coup s’emploie quand la conséquence est inattendue. Ce n’est pas tout à fait exact. En utilisant cette expression, vous faites simplement semblant de croire que la conséquence de la première proposition est unique et somme toute logique.

Dans :

Il y avait une promotion sur les portables du coup j’en ai acheté un.

il n’y a pas de relation de cause à effet entre l’affirmation et l’action : ce n’est pas parce qu’il y a une promotion qu’on achète automatiquement un portable. Et pourtant, c’est ce que vous dites, ce qui vous permet de légitimer votre action (ici votre achat) : vous avez eu raison, il était normal d’en acheter un puisqu’il y avait une promotion.

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Le piston : un bon moyen d’obtenir un avantage !

En France, comme partout dans le monde, il est possible d’entrer dans une entreprise par piston (expression familière). L’image est assez parlante : vous obtenez un poste grâce à un appui qui, comme le piston, vous soulève en quelque sorte pour mieux vous distinguer du lot des candidats. On vous dira alors que vous êtes pistonné (ce qui peut être péjoratif si vous n’êtes pas très compétent…).

« Tu ne vas pas me dire que ton beau-frère est entré dans l’entreprise où tu travailles uniquement grâce à ses compétences ? »

« Bien sûr que non ! Je l’ai pistonné. »

Moyen très efficace pour obtenir un poste de travail, le piston peut également être utile pour bénéficier de n’importe quel avantage.

« Où as-tu pu acheter ce champagne à un tel prix ? »

« J’ai un bon piston ! »

Aujourd’hui, on préfère souvent parler de « bouche à oreille », de « relationnel », de « recommandation » ou mieux de « réseau ». Il reste que la différence entre le « réseau » et le piston est parfois ténue !

Le piston peut revêtir une forme particulière : un employé qui obtient un avancement à l’intérieur d’une entreprise grâce à ses relations sentimentales avec son supérieur hiérarchique, cela s’appelle « la promotion canapé » !

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